Stephanie Bouloc voit vert

Stephanie Bouloc voit vert
Gagnante ex-æquo du chapitre mauricien de ClimateLaunchPad 2020 avec La Déchetèque, Stéphanie Bouloc déploie, via la marketplace et les services de cette start-up, des solutions d’économie circulaire visant le secteur de la construction. Conversation verdoyante.

De la dizaine d’initiatives récemment reconnues comme Best Practices en économie circulaire par le ministère de l’Environnement figure La Déchetèque, dont vous êtes la fondatrice et directrice. Comment accueillez-vous cette marque de reconnaissance ?


Je suis évidemment très contente car cela traduit la compréhension que c’est un outil utile et nécessaire, qui n’existait pas auparavant. Cela démontre aussi que des possibilités de gestion alternative de déchets existent et que c’est une vraie première innovation d’économie circulaire à Maurice dans cette filière.


Cette plateforme de vente de matériaux de réemploi cible le marché du bâtiment et de la construction, qui comptait pour 7, 1 tonnes de déchets en 2021 contre 16, 1 tonnes en 2020 acheminés vers le centre d’enfouissement de Mare-Chicose. Quel impact souhaitez-vous avoir dans la transition de ce secteur d’activités ?


L’objectif est d’éviter au maximum que ces matériaux atterrissent à Mare-Chicose ; donc, de les trier en amont. Une fois que c’est fait, il existe plusieurs possibilités. Par exemple, soit passer au recyclage car pour le moment La Déchetèque ne va pas nécessairement s’occuper de tout ce qui relève du ‘crush’ de béton, soit prolonger le cycle de vie d’un matériau à notre niveau.


La problématique est de changer les mentalités en éduquant le public, non seulement dans les entreprises, mais aussi au niveau de la collection des déchets, sachant que les déchets sauvages demeurent un enjeu non-négligeable dans une gestion circulaire et durable. Si tout le monde comprend qu’une partie des déchets récupérés constitue des ressources et non des rebuts, un volume moins important sera chargé sur les camions de collection de déchets.


Stratégique pour l’économie mauricienne, mais énergivore et émettrice de pollutions diverses… L’industrie a-t-elle répondu favorablement à l’appel de votre initiative ?


J’ai comme clients des particuliers et des entreprises, notamment une trentaine de clients ‘corporate’ évoluant dans les secteurs de la construction et de l’industrie, qui ont des obligations car représentant un label ou adhérant à une norme. On travaille en bonne intelligence pour essayer de trouver des solutions positives.


Par exemple, avec l’Usine Mangalkhan, Nouvelle Usine (Evolis Properties) a procédé à de la déconstruction sélective en faisant appel à La Déchetèque. Ainsi, au lieu de jeter des fenêtres et de la tôle, on vérifie ce qu’on peut reprendre. Cela démontre que les opérateurs ont réfléchi en amont dans cette optique. Cela est également le cas chez ENL Property. Donc oui, les opérateurs sont contents que la solution La Déchetèque existe, mais ce n’est que le début.


C’est sûr qu’on est surtout connu pour la marketplace car c’est l’outil qui a été sacré quand j’ai remporté la ClimateLaunchPad en 2020. Mais aujourd’hui on propose plus de services, dont celui de déconstruction sélective, qui est plus stratégique et long-termiste, pour répondre aux démarches RSE et SGD des clients. On a aussi des espaces ‘récupère’, c’est-à-dire des sites pour la vente de matériaux et de ressources dont les entreprises ne souhaitent plus disposer, car trop encombrants. On procède à des ventes physiques via des foires aux matériaux.


À quelle étape de croissance êtes-vous actuellement et comment envisagez l’avenir du Green Business ?


Écoutez, il s’est passé beaucoup de choses en 18 mois. La marketplace a été lancée, on a ajouté des services complémentaires et de plus en plus d’entreprises font appel à nous. Fait intéressant, c’est qu’aujourd’hui on est intégré dans un écosystème où l’on travaille avec des universités comme Middlesex ou ENSA Nantes Mauritius ou encore des agences de communication souhaitant être moins impactantes quant elles créent des décors, des supports physiques de communication, etc. Sans parler des ONG et des acteurs de l’économie circulaire déjà en activités autour de nous On a donc vraiment créé une dynamique d’économie circulaire.


Comment et pourquoi se lance-t-on dans le Green Business qui est la vôtre ?


Expatriée à Maurice depuis 2018, je compte 15 ans d’expérience dans la filière de l’économie circulaire et de valorisation de matériaux en France. Cela dit, je n’étais pas venue à Maurice dans cette optique. Je pense qu’on se lance dans ce secteur parce qu’on a des valeurs, une éthique et que l’on est attaché à un environnement convenable.


Outre une augmentation de la rémunération pour la récupération des bouteilles PET, le Budget 2023-2024 n’a pas énoncé de grandes mesures pour l’économie circulaire. La feuille de route pour cette transition a cependant été circulée depuis fin juin. Votre avis ?


Un site web dédiée a été créé et une vidéo extrêmement bien faite en créole et très simplifiée pour vulgariser l’économie circulaire a été lancée. Il y a aussi une mise en avant des secteurs public et privé avec une conciliation de ce que sont nos problématiques de terrain, nos expériences, nos visions et comment on peut changer les choses. Et pour avoir participé à pas mal de réunions, je peux vous dire qu’il y a un réel engagement au niveau du ministère de l’Environnement, de Kavi Ramano et son équipe. Il va se passer des choses et des bailleurs de fonds comme l’Europe, l’AFD, les Nations unies ont envie que tout cela se mette en place. La feuille de route est très détaillée. En tout cas, c’est extrêmement positif.


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