Rencontre

AURÉLIE BÉGUÉ : L’ARTISANE DU BÉTON

AURÉLIE BÉGUÉ : L’ARTISANE DU BÉTON

Àl’intérieur des terres entre Petit Raffray et Saint-Antoine, s’étend Goodlands. Sa rue principale, débordante de commerces, grouille généralement de monde. Surtout les jours de foire où fruits et légumes tiennent compagnie aux textiles et autres babioles. Mais au fur et à mesure qu’on laisse les bruits du centre derrière nous, Goodlands se dévoile sereine. C’est d’ailleurs dans un coin retiré de ce village authentique et haut en couleurs, prénommé Mamzel Jeanne, que se dresse la maison d’Aurélie Bégué. Pour y arriver, il nous faut emprunter un sentier sinueux. Une solide clôture cache son ‘show garden’ comme elle l’appelle. C’est avec le soutien de son époux Steven qu’elle a installé son atelier à domicile. Dans ce jardin soigneusement entretenu, une variété de plantes vertes. Fougères, palmiers et fleurs s’y épanouissent en parfaite harmonie. Au milieu de cette profusion végétale, l’œil accroche des objets astucieusement disposés de sorte à ajouter une touche d’originalité et de caractère à l’ensemble. Discrètes, des statues en béton se fondent parmi les plantes. En fait, elles semblent guetter les visiteurs qui s’y baladent pour mieux les surprendre. Son balai à la main, Aurélie nous accueille avec sa bonne humeur contagieuse. Ses mains justement. Elles travaillent quotidiennement à faire de cet espace un tableau vivant où chaque plante semble avoir été placée avec une attention particulière pour embellir les pièces créées de ses... petites mains. L’air, qui nous entoure, est empreint de l’odeur un peu grasse, un peu aminée et piquante du béton fraîchement coulé. En toile de fond, le bruit régulier des machines qui s’affairent à façonner la matière brute. À 31 ans, Aurélie maçonne avec une précision remarquable. Pourtant cela ne fait que trois ans qu’elle s’y est mise. Avant cela, ses mains étaient occupées à des tâches administratives. Désormais, elles manient le ciment, mais aussi le plâtre et l’argile, avec habilité pour donner vie à des pots, des vases décoratifs, des dalles qui iront embellir l’intérieur ou l’extérieur des maisons. Jouant des textures et d’effets propres à elle, les pots d’Aurélie sont particulièrement attrayants. Ses journées débutent généralement avant l’aube. Après s’être occupée des enfants et accomplie toutes les tâches ménagères, elle peut enfin se consacrer à son travail, la création de ses pièces en béton. Et Aurélie mélange, moule, démoule, ponce, lisse souvent après la nuit tombée. Parfois même jusqu’à 2 heures du matin, portée par sa passion du beau et son soin du détail. Lorsque les commandes affluent et que le travail devient trop important pour être accompli seule, c’est son époux qui vient à sa rescousse. Ensemble, ils fabriquent les moules à partir de contreplaqués marins et de métaux, unissant leurs forces pour répondre aux demandes de leurs client.es. Pour Aurélie, son ‘show garden’ n’est pas un showroom comme les autres. Elle y voit un jardin d’exposition où l’on se plonge pour découvrir ses créations dans un cadre naturel et authentique. Comme elle le dit si bien : «Mon atelier, c’est mon jardin.» Normal car c’est là que tout prend forme. Ce qui distingue Aurélie des autres artisan.es ? Ses produits sont personnalisés car façonnés selon les besoins spécifiques de chaque client.e. «Nos client.es apprécient nos produits en béton pour leur caractère rustique et leur raffinement», précise-telle avec fierté. Sa connaissance approfondie des matériaux, acquise à travers de nombreuses recherches et de tests, lui permet de créer des pièces uniques et fonctionnelles. «Le béton a une capacité d’absorption d’eau élevée, ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire de percer des trous dans les pots. Les plantes doivent être arrosées seulement une fois par semaine au maximum, ce qui facilite grandement l’entretien», indique-t-elle. Dans son atelier-jardin, sous le soleil ardent, chaque geste demande de la précision et de la patience. Lorsque le ciment coule, c’est comme réaliser une recette exquise. «Travailler le béton, c’est comme un pâtissier qui mélange méticuleusement sa pâte pour éviter que des bulles ne se forment. Le béton fonctionne de la même manière ; la pâte doit être homogène.» Il faut attendre un jour complet avant de passer au démoulage des petits objets. Mais pour les pièces plus imposantes, 48 heures d’attente sont nécessaires car la masse du béton conserve sa fraîcheur plus longtemps. Chaque geste compte dans ce processus délicat, qui requiert patience et vigilance. La moindre erreur pourrait compromettre l’intégrité de l’œuvre en devenir. Aussi Aurélie traque sans relâche l’ennemi invisible que sont les fissures jusqu’à ce que chaque pièce soit parfaitement sèche et solide. Puis arrive l’heure du polissage, une étape essentielle. Pas de couleurs artificielles, ici. Aurélie préfère rester fidèle à leur nature brute, exposant fièrement leur texture et leur caractère authentique. Mais dans le métier d’Aurélie, chaque jour apporte son lot de défis, mais aucun n’égale la lutte contre les caprices du temps. Travaillant en plein air, elle se trouve à la merci des éléments, une réalité qui décide de son quotidien. Malgré les obstacles, la jeune femme s’investit pleinement, utilisant chaque instant avec sagesse et efficacité pour mener à bien sa petite entreprise. «Dans ce métier, la liberté d’être sa propre patronne est une source de motivation inestimable. C’est cette autonomie qui me permet de laisser libre cours à ma créativité, d’explorer de nouvelles idées et de repousser les limites de l’artisanat», faitelle comprendre. Pour la jeune entrepreneure, la patience, le courage et la créativité composent les piliers sur lesquels repose chacun de ses projets. Ce sont ces qualités qui permettent à Aurélie de surmonter les obstacles, de transformer les défis en opportunités et de créer des œuvres qui s’installent dans la durée. Au bout du chemin, au-delà des luttes quotidiennes et des caprices du temps, se trouve la récompense ultime : des pièces uniques, imprégnées de l’essence même de son travail acharné et de son dévouement pour l’artisanat.  

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